mardi 12 août 2008
Le monde des vivants.
Par Winston Smith, mardi 12 août 2008 à 20:44 :: General
Y a pas eu de post sur üzdrük depuis longtemps. Neuf ou dix mois d’après mes calculs, c’est vrai que j’ai pas vérifié mais en même temps je suis pas mon propre putain de biographe non plus, moi je dis faudrait engager un roumain pour ça. Et s’il pouvait aussi s’occuper des centaines de messages de spam dans les commentaires, ce serait vraiment choupi de sa part. Parce que y a du taf mine de rien. Peut être même que là j’irai porter une demande de régularisation à la préfecture, pour que mon roumain puisse avoir des papiers en règle et tout. Seul problème, après ça je serai obligé de le payer pour son travail. Merde alors. Si mon cœur balance mon portefeuille lui non, parce qu’il est bien calé dans la poche de mon futal. Alors bon, c’est con pour Dimitri mais il pourra se consoler en pensant qu’il y aura toujours des parcmètres le long des trottoirs.
Après avoir démissionné de l’hôtel j’ai été faire un petit tour du côté des agences d’intérim. L’intérim c’est bien, ça permet de se rappeler certaines vérités essentielles de la vie, la vraie, celle qui sue des poils de dessous les bras. Ça permet aussi de se souvenir du poids exact d’une armoire. Conclusion : un disque déplacé et une inflammation du nerf sciatique. Bilan : une semaine à se demander si d’aventure le tétrazepam serait pas un truc sympa à sniffer une fois réduit en poudre. Mais l’intérim c’est aussi l’occasion de faire des rencontres enrichissantes. Mon grand gagnant s’appelle Désiré, ça s’invente pas, et Désiré par exemple il a voté sarkozy parce qu’il a piqué les meilleures idées de le pen, mais que lui au moins il pourra les mettre en pratique. La plus grande fierté de Désiré ? Son fils. Parce que le fils à Désiré il fait de grandes études ? Non. Parce que le fils à Désiré il a un bon taf et qu’il gagne bien sa vie ? Non plus. Si Désiré est aussi fier de son fils, c’est parce que son fils à une grande passion : casser du pédé. Il a même latté la gueule de son propre cousin lors d’un coming-out d’anthologie. Avouez qu’il y a de quoi être fier non ? Désiré, 50 ans, petit, tellement petit, et qui a les yeux jaunâtres. Désiré, qui a le dos en vrac à force de porter des merdes trop lourdes pour lui parce qu’il sait rien faire d’autre. Désiré, qui je l’espère crèvera dans d’atroces souffrances avec son connard de fils à ses côtés, un jour où l’hôpital brûlera.
Après ça, j’ai décidé d’y aller mollo avec les tafs à la con. J’ai arpentés les locaux des assedic et de l’anpe comme un grand. J’ai demandé à faire une formation. Aux assedic ils m’ont dit : voyez à l’anpe. A l’anpe ils m’ont dit : voyez avec l’afpa. J’ai été à l’afpa. J’ai passé des tests. Ils ont dit que j’avais le droit de faire une formation de développeur informatique. J’ai dis banco. Ils m’ont dit qu’il fallait que je vois avec les assedic pour le financement. Entre-temps, les assedics avaient réussi à perdre mon dossier. J’en ai profité pour aller faire les ateliers de l’anpe, tout ceux qu’ils m’ont proposé, les trucs du style « apprends à faire ton CV » où tu retrouves entre Sandrine, 42 ans, qui veut monter sa boite de vente à domicile de tupperwares et Francis, 52 ans, qui vit dans sa voiture depuis deux mois et qui pense – avec beaucoup de pertinence – qu’il est plutôt mal barré pour trouver du travail, joli CV ou pas. Au milieu de tout ça, moi je me suis dit : trop bien la vie, clair que je perds pas mon temps. J’ai harcelé l’anpe et les assedic pour qu’ils se bougent le cul. Il a fallu que je refasse mon dossier. Quand ça a été bon, la formation que je visais avait complété ses effectifs. J’ai été mis sur liste d’attente. Pendant ce temps-là, l’anpe me proposait des offres d’emploi dans l’hôtellerie. C’est pas vraiment que je voulais absolument persévérer dans un milieu que je détestais profondément, mais il se trouvait qu’à Aix l’anpe qui s’occupe de l’hôtellerie est celle qui est la plus proche de chez moi. Sinon l’autre elle est située à perpète, et vu le peu d’intérêt qu’il y a à se rendre à leurs rendez-vous je préférais maximiser à fond les temps de trajet.
Bref.
J’ai été obligé d’aller à des entretiens pour des tafs que je ne voulais absolument pas. C’est la règle du jeu après tout. Faut quand même noter qu’à la différence des gens qui font les lois, ceux qui sont censés les appliquer sur le terrain sont nettement plus humains. J’entends par là que se sont eux qui sont physiquement confrontés aux chômeurs, et qu’entre gens normaux au fond y a toujours moyen de s’arranger, faut pas déconner non plus. Ils sont relativement conscients de devoir appliquer des lois complètement connes, et quelque part ça rassure. Dans les salles d’attente des assedic comme dans les ateliers anpe, sarkozy est parfois évoqué et jamais en bien. Et c’est quand même mieux qu’une journée à trimballer des armoires avec Désiré moi je dis.
Un jour il a fallu que j’aille à un entretien pour bosser dans un hôtel 4 étoiles, un truc qui devait s’appeler « la bastide de suce mes boules », ou un truc du genre. 27 chambres, dont la moins chère devait être dans les 250 euros la nuit. J’avais absolument pas envie d’être pris là-bas. Je me voyais comme Spud dans Trainspotting. Fallait que je foire le truc sans trop montrer que je voulais le foirer. Je suis arrivé avec une demi-heure de retard, et avec des baskets aux pieds. Malgré ça j’ai quand même eu droit à un rendez-vous pour un second entretien, genre avec le super chef et tout. Deux entretiens pour gagner le smic, je me demande combien ils en font à la NASA tiens. Les réceptionnistes en costard, les femmes de chambre en soubrette. Y avait le Figaro, l’Express et Gala sur le présentoir à journaux. L’enfer sur terre quoi. Sur le parking de l’hôtel y avait deux bagnoles immatriculées à Monaco et globalement les gens avaient pas l’air du genre à s’assurer à la Matmut. Je me suis dit que vraiment je voulais pas bosser là. Je suis allé au second entretien la mort dans l’âme, pas forcément bien rasé et avec quelques minutes de retard. Finalement le grand chef pouvait pas me voir parce que y avait Gabbana, de Dolce & Gabbana, qui venait pieuter ce soir-là (genre) et que du coup il avait pas le temps. A la place j’ai eu droit à une sorte de sous-fifre de milieu de gamme qui m’a vanté les fantastiques avantages de la fonction de réceptionniste dans un hôtel 4 étoiles mais j’avoue que j’ai pas bien écouté. J’écoute pas les gens qui dégoulinent littéralement d’obséquiosité crasse, ça me donne mal au cœur. A un moment donné il a précisé les dates d’embauche, tout en laissant entendre que c’était ma candidature qui était retenue. Ses dates, elles collaient pas avec la formation que j’avais demandé, et que j’étais carrément pas sûr de faire. Ça m’a pas empêché de brandir ça comme une sorte de talisman destiné à contrer le Mal. J’ai dis ah oui mais là non, si finalement je peux faire ma formation ça va pas vous arranger, on sait jamais faudra peut-être que je me désiste en dernier recours et ça va être galère pour vous, ce genre de conneries. Tout ça tout ça quoi. Sauvé in-extremis. Quelques semaines plus tard on m’a annoncé que je pouvais faire cette putain de formation, que le financement était ok et que tout était réglé, et ça m’a comme qui dirait tiré une fière chandelle du pied. En juillet je suis retourné bosser à l’hôtel, celui dont j’avais démissionné, parce que la patronne était en galère (ça lui a coûté cher) et parce que je voulais pas oublier ce à quoi j’avais la chance d’échapper.
Voilà.
Donc en gros depuis fin juillet j’ai commencé un truc qui va durer pratiquement un an et qui normalement, avec beaucoup beaucoup de travail de ma part, va me permettre d’avoir (enfin) un truc concret entre les mains. Ceci dit soyons francs : je sais pertinemment qu’une formation de l’afpa c’est très aléatoire. J’en ai parlé à des gens qui sont passés par là, je sais à peu près comment ça va se passer et je m’y suis préparé. Sur le papier le programme est correct, relativement complet, bien fourni. En pratique t’as un formateur qui te balance les supports de cours le matin et puis qui va faire sa vie dans son bureau pendant l’essentiel du reste de la journée. On est censés bouffer l’équivalent du programme de BTS en deux fois moins de temps. Ça va nécessiter pas mal de travail personnel. Mais à côté de ça ils nous mettent à disposition toutes les ressources dont on a besoin. Un PC par personne, avec tous les logiciels de développement installés, qui sera le notre durant un an. On peut faire à peu près ce qu’on veut dessus, il sera formaté à notre départ en juin 2009. Internet est pratiquement pas filtré. Je me retrouve avec des gars qui ont commencé par foutre Ubuntu sur leur PC. Y en a un qui partage toutes les saisons de One Piece sur le réseau. Entre midi et deux, ça joue à CS en bouffant un sandwich. Y a du cheveux gras et de la nuque longue. Y a du t-shirt pas politiquement correct et du baggy porté avec des tongs. Y a des discussions à propos de cartes graphiques et de MMORPG gratos. Y a de l’exposé sur Linux et du net send bombing. Y a des moments le matin, sur 16 postes y en a 14 qui sont sur La Brute. Ça me plait plutôt pas mal quoi. Le centre de formation est situé dans un quartier franchement pourri de Marseille, en partant d’Aix il me faut une heure pour y aller, mais il est sympa et bien foutu, pis y a des frites une fois par semaine.
Je suis content de pouvoir retourner à l’école.
Vraiment.
Je veux dire, après avoir passé trois ou quatre ans à travailler la nuit j’avais pris un sale rythme. Dormir le jour, travailler la nuit, c’est bon pour personne. Le chômage a été une période de transition. Mais se lever à midi pour tirer une douille et ouvrir une bière en sortant de la douche c’est pas viable non plus. Fallait retourner dans le monde des vivants. Se re-socialiser. Remettre un pied dans la société. Trouver un truc pour occuper mes journées, et dormir la nuit comme les gens normaux. Ne plus avoir le temps de m’informer correctement, mais manger à des heures normales. Ne plus avoir le temps de lire des bouquins, mais me lever en même temps que tout le monde. Ne plus pouvoir avoir le loisir de prendre l’apéro avec les potes, mais passer une heure dans les embouteillages le soir en rentrant du taf. Ne plus avoir l’occasion de glander en regardant le plafond, mais engranger des connaissances qui seront un jour monnayables sur le marché du travail.
Le monde des vivants, il pue du cul si vous voulez mon avis. Sur certains points je préférais celui des morts, celui de ceux qui bossent la nuit et qui n’existent pas vraiment.
Mais bon.
Avec un peu de chance d’ici un an je vous coderai un truc qui foutra en l’air le site de tf1. Le terrorisme virtuel, ça c’est l’avenir moi je dis.
But would I be a good Messiah with my low self-esteem ? If I don't believe in myself would that be blasphemy ? Just put some crummy "holier than thou" façade. Yeah that's what I would do if I were God. [The Bloodhound Gang]